Jean Pierre Siméon, directeur artistique du Printemps des Poètes, disait qu'on ne peut aimer un poème que comme on aime une personne : non pas parce qu'elle fait telle taille ou tel poids, mais à cause de quelque chose de plus diffus et de moins rationnel : une silhouette, un regard, ses mystères, et surtout ses mystères...
Ces mots semblent à merveille s'appliquer à la photographie. Ce qui fait une grande photo, c'est bien sûr sa composition, son sujet, ses couleurs, sa lumière mais surtout c'est le mystère qui s'en dégage et qui nous frappe.
Ce mystère qui échappe, résiste à la formulation, au langage, c'est cette étincelle dans le regard qui fait que la personne photographiée paraît vivante face à nous, c'est aussi cette perspective qui fait que le paysage que nous contemplons semble prêt à nous absorber tête la première.
Analyser les composantes de la photographie que nous regardons n'est que le premier stade de la compréhension, et il y a un au-delà que les mots et la description n'arriveront jamais à représenter, ni même à capter.
Jean Pierre Siméon concluait en disant du poème comme de la personne aimée : L'aimerait-on toujours si il/elle n'avait plus de mystères pour nous ?
Eliott Erwitt, le grand photographe, ne disait pas autre chose quand il affirmait : « Analyser une photo, c'est comme disséquer une grenouille, une fois disséquée, elle est morte... », manière élégante de dire que le mystère d'une grande photo est aussi insondable que le mystère de la vie.
Bonnes photos à tous, et profitez bien du retour des beaux jours.